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NERICA : " Nouveau riz pour l'Afrique "

NERICA, le Nouveau riz pour l'Afrique, constitue un exemple remarquable de coopération entre l'Asie et l'Afrique. Il s'agit d'une nouvelle variété de riz qui a été obtenue en croisant des variétés de riz africaines et asiatiques. Mis au point en Afrique de l'Ouest grâce au soutien conjoint du Gouvernement du Japon, du PNUD, de la Banque africaine de développement, de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et de la Fondation Rockefeller, le Nouveau riz pour l'Afrique a une teneur élevée en protéines et résiste aux adventices, aux déprédateurs ainsi qu'aux maladies. Il a un cycle de croissance plus court que les variétés de riz classiques (90 jours comparé à 140 jours précédemment).

Les premiers travaux d'expérimentation de l'Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO) ont transformé le riz en denrée précieuse, permettant aux agriculteurs d'accroître leur récolte de 50 pour cent. Le Nouveau riz pour l'Afrique est diffusé à partir des sept pays pilotes-Bénin, Côte d'Ivoire, Gambie, Guinée, Mali, Nigéria et Togo-en direction des pays d'Afrique de l'Est comme l'Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie.

Rétrospective sur la mise au point du riz NERICA

Recherche internationale conjointe : hybridation entre variétés de riz

Les premières recherches, qui remontent à 1991, cherchaient à mettre au point de nouvelles variétés de riz africaines qui soient adaptées aux conditions climatiques en Afrique de l'Ouest et centrale. La Phase I du projet NERICA a débuté en mars 1997 et la phase II en avril 2000. Elle durera jusqu'à fin 2003.

Le projet s'est adonné à plusieurs expérimentations en matière de nouveaux croisements entre les espèces africaine O. Glaberrima et asiatique O. Sativa aux fins de mettre au point de nouvelles variétés de riz pluvial. Il a obtenu la participation des institutions suivantes dans le monde :

Afrique:
• 17 systèmes nationaux de recherche agricole et d'élargissement
• Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO)

Asie:
• Institut international de recherche sur le riz
• Académie des sciences agricoles duYunnan
• Université de Tokyo (Japon)
• Centre international pour la science agricole (Japon)

Amérique latine :
• Centre international sur l'agriculture tropicale

France :
• Institut de recherche pour le développement

États-Unis d'Amérique :
• Université Cornell

Trois nouvelles variétés de riz africains ont été mises au point et rendues prêtes à la diffusion. 20 autres lignées familiales se sont avérées très prometteuses. Le nouveau riz africain a de nombreux traits avantageux, comme un rendement élevé (une augmentation de 25% à 100% sans engrais), un cycle de croissance plus court, une résistance aux adventices, aux insectes nuisibles ainsi qu'aux maladies, une teneur plus élevée de 2% en protéines et un goût attrayant. Les agriculteurs ont été en mesure de choisir les variétés qu'ils préféraient dans le cadre de la recherche.

Les effets : transformation de la production alimentaire africaine

Le nouveau riz transforme l'agriculture dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, permettant potentiellement à 20 millions d'agriculteurs - en majorité des femmes - d'en profiter, contribuant ainsi à réduire le montant élevé des importations dans la région.

Le riz en est venu à apporter davantage de calories et de protéines dans les régimes alimentaires que toute autre céréale, au vu de l'humidité régnant en Afrique de l'Ouest. La demande en riz croît plus vite dans cette région que dans les autres régions du monde. Au cours des trente dernières années, les importations de riz ont été multipliées par huit pour atteindre trois millions de tonnes par an, à un coût avoisinant un milliard de dollars US. Les possibilités offertes par le Nouveau riz pour l'Afrique sont par conséquent énormes. Selon certaines estimations, l'Afrique de l'Ouest est susceptible d'économiser 88 millions de dollars US par an si elle adopte le Nouveau riz pour l'Afrique.

Ce que le Nouveau riz pour l'Afrique a de particulier
Par Guy Manners, Responsable de l'information, ADRAO, Côte d'Ivoire

L'idée de base était d'associer les meilleurs traits des riz asiatique et africain. Des banques de gènes détenant les semences de 1500 variétés de riz africains ont été indispensables à cet effort. Ces dernières étaient menacées d'extinction, tandis que les agriculteurs les abandonnaient au profit de variétés asiatiques à rendement plus élevé. Les avancées rapides dans le domaine des sciences agricoles ont permis de mettre au point le Nouveau riz pour l'Afrique.

Les scientifiques de l'ADRAO ont surmonté une série d'échecs décevants après avoir réussi à croiser deux espèces, grâce à l'utilisation de techniques de récupération des embryons.

Les différences génétiques d'une espèce à l'autre non seulement entravaient les croisements, mais donnaient au nouveau riz un niveau élevé d'hétérosis, le phénomène par lequel la descendance de deux parents génétiquement différents croît plus vite, a un rendement plus élevé et résiste mieux aux contraintes.

Le nouveau riz étouffe les adventices " voleuses de grains ", tout comme ses parents africains. Il résiste tant à la sécheresse qu'aux déprédateurs. Il est capable de pousser sur un sol défavorable. Le trait de productivité plus élevée que lui confèrent ses parents asiatiques est également présent, ce qui signifie qu'avec quelques intrants supplémentaires, les agriculteurs utilisant le Nouveau riz pour l'Afrique peuvent doubler leur production et accroître leurs revenus.

Les panicules de cette variété de riz peuvent produire jusqu'à 400 grains, comparé aux 75 à 100 grains que portent ses parents africains. De nouvelles améliorations de la structure de la plante - telles que des panicules plus longues, des branches fourchues, des tiges solides et des panicules capables d'enserrer le grain et d'empêcher son égrenage - permettront aux nouvelles variétés d'avoir un plus grand rendement que les autres et de fournir de belles récoltes, malgré une faible utilisation d'engrais. Ces variétés arrivent à maturité 30 à 50 jours plus tôt que les variétés traditionnelles, permettant aux agriculteurs de cultiver légumes et légumineuses en supplément. Elles sont plus grandes, ce qui facilite les récoltes. Elles poussent mieux sur les sols acides et infertiles, qui forment 70% des surfaces de riziculture pluviale de la région. En outre, ces nouvelles variétés disposent de 2% de protéine reconstituante de plus que leurs parents africains ou asiatiques.

Participation

Les recherches participatives sont au cœur de l'histoire de la réussite du Nouveau riz pour l'Afrique. Un lien solide entre les scientifiques et les agriculteurs en a constitué un ingrédient clef.

Grâce au mécanisme de la sélection variétale participative, les agriculteurs ont planté plusieurs variétés et ont fourni de précieuses indications aux scientifiques. À leur tour, ces derniers ont été en mesure de connaître les traits que les agriculteurs valorisaient le plus et d'incorporer par la suite ces préférences dans les stratégies de croisement.

Plus de 1 300 agriculteurs ont pris part au programme en 1998 consistant à faire pousser les nouvelles variétés de riz en Guinée. Cela a été suivi en 1999 d'un projet destiné à accroître l'approvisionnement en semences au niveau national et à organiser une campagne de sensibilisation des agriculteurs. Les rendements agricoles moyens augmentent d'une tonne environ à plus d'une tonne et demie par hectare à faible taux d'intrants, et doublent au moins avec une bonne gestion et un taux modéré d'intrants.

Les recherches indiquent que l'adoption du Nouveau riz pour l'Afrique par 10% des agriculteurs dans trois pays - Guinée, Côte d'Ivoire et Sierra Leone - devrait leur rapporter un supplément de 8 millions de dollars US par an. L'adoption par 25% des agriculteurs leur rapportera un supplément de 20 millions de dollars US.

D'ici à l'an 2006, si la diffusion du Nouveau riz pour l'Afrique s'étend comme prévu au Bénin, en Gambie, au Mali, au Nigéria et au Togo, ainsi qu'au trois pays d'Afrique de l'Ouest qui ont en premier lieu bénéficié de l'expérience, les économies réalisées par la région sur le plan des importations de riz pourraient s'élever à 88 millions de dollars US par an.